Catherine AubryEnseignante en école de commerce, et titulaire d’un mandat de représentant du personnel, Catherine Aubry, secrétaire du CE de France Business School, estime que le dialogue social peut être un atout pour les entreprises.

 

“Le dialogue social est souvent vu comme un frein, alors qu’il pourrait être un outil de progrès.”

 

Mot-Tech : Qu’est-ce qui a motivé votre engagement syndical et votre engagement au sein des IRP ?

Catherine Aubry : À titre privé, j’avais déjà des engagements auprès d’associations notamment. Je me suis investie dans les IRP de mon entreprise lorsque j’ai constaté que certaines choses ne se passaient pas normalement, et que mes collègues avaient besoin d’être défendus. J’avais aussi le goût de l’engagement au service de la collectivité. C’est une manière pour moi de rendre ce que l’entreprise m’a donné.

Mon engagement syndical est plus tardif, je l’ai décidé lorsqu’il m’est apparu évident qu’il fallait réagir et mettre en place un contre-pouvoir au sein de l’entreprise.

Mot-Tech : Comment le CE s’articule-t-il par rapport aux autres IRP, et au CHSCT notamment ?

Catherine Aubry : Nous travaillons en bonne intelligence, le CE demande parfois au CHSCT de se saisir de certains sujets, tandis que le CHSCT alerte aussi le CE sur certains aspects qui relèvent de sa compétence. Les deux instances s’articulent bien, d’autant que certains élus siègent aux deux assemblées. De façon générale, la communication entre toutes les IRP est excellente, bien qu’il existe parfois des points de vue différents.

Mot-Tech : Quelle est, selon vous, l’utilité d’un bon dialogue social au sein d’une entreprise ?

Catherine Aubry : Il n’y a pas de bonne entreprise sans dialogue social. Sans parler de cogestion, l’entreprise est une co-construction permanente, même si les décisions relèvent de la direction. Sans dire que les IRP doivent prendre le pouvoir, je pense que celles-ci n’ont pas encore suffisamment d’importance, et ne sont pas suffisamment consultées sur les sujets clés.

Dans le monde actuel, où il faut changer et s’adapter en permanence, l’entreprise ne peut pas évoluer sans dialogue social. Qui dit innovation dit changement, et ceux-ci ne sont acceptables aux yeux des salariés que grâce au dialogue social. Une entreprise qui veut survivre doit innover, évoluer, être souple et flexible. Or, sans dialogue social, cela n’est pas possible. On parle beaucoup en France du manque de flexibilité, mais je pense qu’un dialogue social plus poussé pourrait y remédier.

Le dialogue social est souvent vu comme un frein, alors qu’il pourrait être un outil de progrès.

Mot-Tech : En tant que représentante du personnel, avez-vous vu le dialogue social progresser dans votre entreprise ?

Catherine Aubry : Non, il a plutôt régressé. Nos directions successives ont toutes appréhendé le dialogue social comme un frein, elles se sont bornées à respecter la loi, sans volonté réelle de discuter.

Mot-Tech : Les nouvelles obligations légales (BDU, consultation sur les orientations stratégiques de l’entreprise, etc.) sont-elles de nature à favoriser le dialogue social ?

Catherine Aubry : Théoriquement, cela devrait être le cas. Dans la pratique, le dialogue social ne peut avancer que si les partenaires sociaux y sont favorables : les IRP ne doivent pas avoir une volonté de blocage, et les directions doivent se montrer ouvertes au dialogue.

Le problème est que, malgré les obligations légales, les moyens d’actions du CE sont limités. Il existe certes les procédures de droit d’alerte ou de délit d’entrave, mais il ne s’agit que d’un pouvoir de nuisance, qui fait perdre du temps, et ne fait pas, in fine, gagner l’entreprise.

Aussi, il faut en tout premier lieu que chaque partie prenne conscience qu’un dialogue est nécessaire et que le travail commun peut porter ses fruits. Ceci est un préalable indispensable, fixer des obligations légales n’engendre pas automatiquement cette prise de conscience.

Mot-Tech : Le PV de réunion vous semble-t-il être un bon moyen de communication pour les instances ?

Catherine Aubry : Oui. C’est d’ailleurs le seul moyen de communication de l’instance, raison pour laquelle nous avons opté pour des PV très détaillés, que nous diffusons à tout le personnel. Il appartient ensuite à chacun de les consulter, et de s’informer sur l’actualité de l’entreprise. Cela relève de la responsabilité individuelle.

Mot-Tech : Quelles sont, selon vous, les clés d’un bon dialogue social ?

Catherine Aubry : La base du dialogue réside dans l’écoute et le respect de l’autre. Il ne faut pas penser que votre interlocuteur veut vous nuire, mais plutôt penser qu’il existe une volonté de co-construction. L’écoute et le respect sont indispensables, même si les points de vue sont parfois différents.