Salarié depuis 1991 de Servair (filiale d’Air France spécialisée dans la restauration aérienne et l’assistance aéroportuaire), Manuel Goncalves a d’abord évolué en tant que manutentionnaire, puis est devenu chauffeur de poids lourds au sein de cette même société. En 1993, il a été élu délégué du personnel, puis est devenu représentant syndical de la CGT au CE. Depuis 2007, il est élu au Comité d’Etablissement et il est secrétaire de l’instance depuis 2011. Manuel Goncalves est également délégué syndical central au CCE de Servair.

 

Notre rôle consiste à montrer que les situations individuelles qui intéressent les salariés trouvent un écho dans la représentation collective

 

Mot-Tech : Qu’est-ce qui a motivé votre engagement syndical, et votre engagement au sein des IRP de votre entreprise ?

Manuel Goncalves : C’est d’abord une tradition familiale, beaucoup de membres de ma famille sont syndiqués. Il est à mon sens important d’avoir des syndicats qui représentent les salariés devant leurs employeurs. La représentation collective des intérêts des salariés me semble fondamentale. Je constate d’ailleurs que les entreprises où les syndicats sont bien représentés et actifs offrent à leurs salariés de meilleures conditions de travail et avantages.
La CGT est à mon sens le syndicat le plus actif et le plus à même de défendre les intérêts des salariés, grâce notamment aux moyens dont cette centrale dispose.

Mot-Tech : Le Secrétaire du CE tient-il un rôle différent de celui des autres élus dans la conduite du dialogue social (rédaction des ordres du jour, échanges en amont des projets, etc.) ?

Manuel Goncalves : Je pense effectivement que le secrétaire doit avoir un rôle différent de celui des autres élus. Le secrétaire est en quelque sorte le leader de la représentation des salariés, il représente les autres élus devant la direction. Plus largement, il a le devoir de rendre les débats du CE conformes aux prérogatives de cette instance : il s’agit de faire en sorte que l’instance traite les sujets qui préoccupent vraiment les salariés.
Le secrétaire doit aussi essayer d’organiser les débats pour que tous les élus puissent y prendre part. En outre, son rôle est important en ce qui concerne la rédaction des ordres du jour. Pour ma part, je ne me contente pas de signer un document comportant les points de la direction. Je considère que mon rôle est d’imposer des points issus des demandes des élus ou des salariés, et je défends tous les sujets, et pas uniquement ceux remontés par une majorité d’élus.
Enfin, le secrétaire doit rendre l’exposé des débats accessible au plus grand nombre de salariés. A mon sens, il est très important d’acter les discussions en séance et les arguments mis en avant, pour communiquer à tous la teneur de nos débats.

Mot-Tech : Préconisez-vous l’instauration de relations informelles avec vos interlocuteurs au sein de la Direction ?

Manuel Goncalves : Non, je n’y suis pas favorable. Personnellement, je rencontre les membres de la direction pour la préparation des ordres du jour et lors des réunions. Pour ne pas détourner l’objet des réunions de CE, il me semble qu’il faut avoir des relations distinctes. Il faut débattre des sujets en séance, et non de façon individuelle ou informelle. Le fait que chaque membre de l’instance puisse participer à tous les débats me semble important.

Mot-Tech : Les salariés lisent-ils les PV des séances du CE ? Quelles sont leurs questions ou remarques à ce sujet ?

Manuel Goncalves : Nous mettons les PV en ligne, et ils sont aussi affichés. Compte tenu de la taille des comptes rendus, je pense que rares sont les salariés qui les lisent. Les salariés me remontent donc rarement des questions à ce sujet. En revanche, sur des sujets majeurs qui impactent tous les collaborateurs de l’entreprise, le PV est un moyen d’exposer la position et les arguments de chacun.
Le PV est pour moi un outil essentiel pour la défense des salariés, il permet de comprendre exactement les positions et arguments de chacun.

Mot-Tech : Comment intéresser les salariés aux missions du CE et les sensibiliser sur les sujets économiques qui regardent le CE ?

Manuel Goncalves : La plupart des salariés de Servair sont manutentionnaires ou agents de conditionnement. Ils n’ont donc pas l’habitude de manipuler des documents économiques. En revanche, tous s’intéressent au fonctionnement de l’entreprise. Les salariés sont notamment concernés par leur évolution professionnelle, leur rémunération, leur formation ou leurs conditions de travail. Pourtant, la communication de la direction porte surtout sur des considérations économiques et des indicateurs : ce sont des données désincarnées pour les salariés, cela ne leur parle pas.
Chaque salarié s’intéresse individuellement aux sujets qui le concernent, notre travail est donc de faire comprendre que beaucoup de situations individuelles se recoupent, et de montrer que celles-ci trouvent un écho dans la représentation collective.

Mot-Tech : Quand faut-il “aller au conflit” avec la Direction ?

Manuel Goncalves : A mon sens, la relation entre les salariés et l’employeur est par essence conflictuelle, chacun a des intérêts divergents. Dans les grandes entreprises, où les actionnaires ne sont pas présents au quotidien, j’ai la sensation que les impératifs économiques prennent souvent le pas sur les considérations humaines. La relation entre salariés et employeur est de fait déséquilibrée.

Mot-Tech : Un bon dialogue social est-il le garant d’un climat social apaisé ?

Manuel Goncalves : Un climat social apaisé ne doit pas empêcher de faire remonter les insatisfactions et problèmes des salariés. Notre rôle est d’exprimer les frustrations des salariés, nous ne devons pas nous autocensurer pour assurer la paix sociale. Il existe des entreprises où il est possible de discuter de manière apaisée des problèmes remontés, et d’autres où l’évocation de ces dysfonctionnements provoque immédiatement une certaine crispation dans la discussion. Il me semble normal d’exprimer tous les ressentis, y compris ceux qui peuvent ne pas plaire à la direction.