Salarié du laboratoire pharmaceutique Mayoly Santé depuis 25 ans, Gilles Kéribin a intégré l’entreprise en tant que visiteur médical au sein d’un réseau dédié à la dermatologie en médecine de ville. Il a ensuite occupé des postes dans un réseau de médecine générale, puis dans un réseau  hospitalier. À la fermeture de celui-ci, il est redevenu délégué médical pour un réseau de médecine de ville en 2007. Depuis 2012, ce métier a beaucoup évolué, puisque les délégués médicaux sont devenus APM, c’est-à-dire attachés à la promotion du médicament. Outre la promotion des médicaments du laboratoire auprès des médecins, la fonction s’est élargie à la réalisation de formations en officine et à la prise de commandes. Membre du CE et délégué du personnel depuis 2001, Gilles Kéribin a également siégé au sein du CHSCT de Mayoly Santé durant deux ans. Il a démissionné de ce mandat pour se consacrer pleinement à son rôle de Secrétaire du CE, qu’il assure depuis 10 ans.

 

Transparence et partage des informations sont les clés d’un dialogue social de qualité

Secrétaire depuis 10 ans du CE de Mayoly Santé, Gilles Kéribin nous confie sa vision de cette fonction et insiste sur la transparence à mettre en oeuvre pour renforcer le dialogue social.

Mot-Tech : Qu’est-ce qui a motivé votre engagement au sein des IRP de votre entreprise ?

Gilles Kéribin : Je me sens bien dans mon entreprise, même si celle-ci a connu des hauts et des bas. Mon but, en tant que représentant du personnel, est de faire en sorte que chacun puisse travailler dans les meilleures conditions possible, dans une entreprise pérenne. Mayoly Santé est une entreprise prudente d’un point de vue social, qui respecte ses salariés. Les élus du personnel souhaitent préserver cette identité.

Mot-Tech : Le Secrétaire du CE tient-il un rôle différent de celui des autres élus dans la conduite du dialogue social (rédaction des ordres du jour, échanges en amont des projets, etc.) ?

Gilles Kéribin : Oui, le secrétaire du CE tient indéniablement un rôle majeur. Il doit d’abord récolter un maximum d’informations auprès des autres élus et de ses collègues de travail, afin de nourrir les débats de l’instance et de traiter les sujets problématiques en réunion. Il est aussi le premier interlocuteur de la direction. Enfin, la responsabilité juridique du secrétaire est importante.

Mot-Tech : Le secrétaire du CE doit-il privilégier la recherche du consensus ou l’expression de toutes les sensibilités pour favoriser le dialogue social ? Comment gérer les conflits d’intérêts et les ego entre élus ?

Gilles Kéribin : Au sein du CE, chacun a le droit de s’exprimer, quels que soient ses idées ou son statut. Le droit à la parole est identique pour tous. Ainsi, en séance, chacun est libre d’exprimer son opinion, je donne la parole à tous. Pour autant, mon but est ensuite de trouver un terrain d’entente avec la direction, pour le bien des salariés.
S’il est vrai que des désaccords entre élus peuvent survenir, nous nous retrouvons tous sur la finalité de notre mission, à savoir la représentation et la défense de nos collègues de travail. Pour assurer l’efficacité des débats en séance plénière, nous organisons des réunions préparatoires, qui nous permettent d’encadrer nos discussions.

Mot-Tech : Les salariés lisent-ils les PV des séances du CE ? Quelles sont leurs questions ou remarques à ce sujet ?

Gilles Kéribin : Dès que les PV sont approuvés, nous les diffusons aux salariés, qui sont très largement répartis sur l’ensemble du territoire national. Les comptes rendus sont diffusés par mail (extranet), et publiés sur le site du CE. Beaucoup de salariés lisent les PV, en particulier actuellement, compte tenu de la conjoncture économique. Nos collègues sont demandeurs des PV, car cet outil est pour eux un moyen d’information sur l’actualité, les projets et la santé de l’entreprise.
Cependant, rares sont ceux qui nous communiquent directement des remarques sur les PV. Lorsqu’ils contactent la permanence téléphonique que nous avons mise en place il y a un an, il s’agit surtout pour eux de faire remonter des points d’insatisfaction ou des problématiques particulières, sur leurs conditions de travail, sur la vie de l’entreprise ou sur les ASC.

Mot-Tech : Les nouvelles obligations légales (BDU, consultation sur les orientations stratégiques de l’entreprise, etc.) sont-elles de nature à favoriser le dialogue social ?

Gilles Kéribin : Nous disposons de peu d’informations de la part de notre direction. Celle-ci est extrêmement réticente à l’expertise annuelle des comptes par un expert indépendant, démarche qu’elle juge trop coûteuse. S’agissant des orientations stratégiques, nous n’en disposons qu’à court terme. Je regrette que notre direction ne soit pas plus loquace sur ce sujet, car cette attitude ne favorise pas le dialogue social.

Mot-Tech : Comment vous formez-vous au droit social  et sur les sujets économiques ?

Gilles Kéribin : Sur ce sujet, nous sommes contraints par notre budget de fonctionnement, qui est très faible. L’externalisation de la rédaction des PV auprès de Mot-Tech représente déjà une grosse part de ce budget, mais il s’agit pour moi d’un service indispensable (c’est notamment pour pouvoir assurer la rédaction des comptes rendus que j’ai démissionné de mon mandat au CHSCT, avant de recourir à un prestataire). De fait, nous utilisons le reste de notre budget pour l’achat de littératures juridiques notamment, car nous ne pouvons pas assumer les coûts élevés de formation proposés par divers organismes. Nous devons donc être inventifs en la matière. La rencontre, sur des salons, avec des experts nous permet de nous former gratuitement. Pour le reste, nous consultons les ressources disponibles sur internet et nous sollicitons les formations dispensées par nos organisations syndicales.

Mot-Tech : Quelles sont, selon vous, les clés d’un bon dialogue social ?

Gilles Kéribin : La communication est primordiale. Nous sommes très demandeurs d’informations auprès de notre direction, que nous n’obtenons pas toujours. Pourtant, la transparence et le partage des informations sont pour moi les clés d’un dialogue social de qualité.